Le trait d'union entre les arts martiaux
et les personnes handicapées

 



  Mise à jour du 07 février 2010
 

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 TEMOIGNAGE
     Quand le karaté devient lumière.

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Les cours

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Le DIF

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Conclusion

Comme beaucoup de personnes, j’ai toujours pratiqué du sport, et ce, depuis l’âge de 7 ans.

Ayant perdu la vue en 1993, je me suis senti inutile et bon à rien.

En 1997, je pars m’installer en Anjou, et là, je reprends le judo. Mais pas très satisfait des cours, je décide d’arrêter. Et de m’inscrire au karaté.

 Sans savoir si c’était possible, je l’avoue  !!

Après l’étonnement suscité (en effet, un aveugle voulant faire du karaté, cela n’est pas très fréquent), je commence en septembre 2000.

Rapidement, je rencontre des problèmes liés au handicap: le karaté n’étant pas un sport statique !

Les cours…

L’espace: se représenter dans l’espace est difficile pour un aveugle, entraînant un certain nombre de problèmes: désorientation, sensation d’isolement, perte d’équilibre, travail avec un partenaire en mouvement.

L’équilibre: exécuter des coups de pieds dans le vide, sans repère visuel (hauteur, distances, trajectoire, sécurité) s’avère de même très difficile.

Les masses: en locomotion, on insiste pour que l’on ressente les masses au maximum, afin de se déplacer plus aisément, mais là… bonjour la galère !!!

Ressentir son environnement, son partenaire, est loin d’être évident. Au fur et à mesure des mois, cela se développe, et plus que je ne l’aurais imaginé. Bien écouter son partenaire en faisant abstraction des bruits environnants et une grande concentration favorisent cette sensation.

Les axes: 45°, 90°, demi-tour, ¼ de tour, cela ne me parlait plus guère.

Grâce aux katas, j’ai redécouvert les déplacements. Une fois les axes bien ancrés, cela aide également lors des déplacements en kumité (combats).

La sécurité:  soyons clair, un aveugle faisant un kumité avec un valide peut être risqué, pour l’un comme pour l’autre.

Le valide doit agir comme avec un autre partenaire, mais doit s’adapter à la personne aveugle (niveau, technique, vitesse de déplacement, temps de réaction, etc …). De même, le karatéka aveugle doit veiller à ne pas blesser son partenaire (de par des gestes désordonnés, un manque de concentration, une assurance trop exacerbée, etc).

Personnellement (et je touche du bois), je n’ai jamais blessé qui que ce soit. A savoir que faire 3 ou 4 kumités d’affilée est très difficile car cela exige une concentration extrême. Au-delà, cela m’est physiquement impossible, car trop épuisant.

La concentration: elle doit être à 200 % à chaque instant afin de suivre les cours, l’exécution des katas ou les kumités.

Le tactile: lors de l’apprentissage des postures, des katas, le professeur ne doit pas hésiter à donner plus d’explications à l’élève. Le remettre en bonne posture en le corrigeant tactilement, avec les mains, les pieds et faire toucher son propre corps afin que l’élève aveugle ait une représentation  globale de la posture.

A savoir:

TOUS les points développés ci-dessus ne font qu’un, et sont tous liés les uns aux autres. En dissocier un des autres serait une erreur !!!

Le DIF

Après l’obtention du 1er Dan, le DIF.

Surprise ! Un aveugle se présente comme candidat, cela n’a pas été forcément très simple.

En effet, n’ayant pas de matériel informatique, j’ai du utiliser la bonne vieille Perkins, et le guide main (afin de pouvoir rendre mes devoirs en noir).

Un peu isolé par les collègues, ceux-ci s’ouvrent enfin après mon intervention handikaraté (obligatoire pour les futurs DIF ou BE).

Intervention de 2 heures (en théorie), car cela est difficile à faire accepter dans certaines ligues, ou par certains responsables des cadres ;

A ce sujet, la présidente de la commission nationale handikaraté a dû intervenir afin que cette intervention ait lieu (20 min contre 2 heures) mais cela a permis à mes collègues de se dérider et de m’accepter en tant que karatéka !

Les cours: la pratique ne me posait aucun problème, pour les prises de notes, je me débrouillais en braille. Par contre, je recevais mes devoirs en noir et je devais faire appel à une personne valide afin de me les lire.

Exécution d’un devoir:

            - Un brouillon en braille, plus ou moins long selon le devoir.

            - Une copie en braille, propre et terminée.

            - Une retranscription en noir, exécutée par une personne valide, car mon écriture noire n’est pas spécialement
              lisible ni propre.

L’anatomie: très difficile, car la lecture des planches d’anatomie était impossible, aucun support n’était à ma portée (dictionnaire, internet, dessins divers,…).

D’où l’achat d’un Nestor (squelette en plastique), offert par une amie infirmière, qui a dû subir un grand nombre d’appels téléphoniques et qui est venue me voir une semaine afin de me faire travailler l’anatomie (tactilement sur le Nestor)

Pour information, un travail exécuté en 1h par un valide me prenait facilement 2h à 2h30 de plus.

L’examen: le passage s’est parfaitement déroulé, j’ai bénéficié du ¼ temps supplémentaire obligatoire pour tout handicap.

Depuis, j’enseigne dans le club de Mazé (49), 55 à 60 élèves (baby, enfants, ados, adultes) soit 9 heures par semaine.

  Conclusion

Le karaté m’a permis de développer mes sens au-delà de mes espérances, et je continue de travailler à fond, à effectuer un maximum de stages afin d’améliorer mes techniques, ma pédagogie et surtout à mettre à l’épreuve mes sens afin de les améliorer encore et encore.

Sur le tatami, j’oublie mon « handicap » et m’épanouis complètement.

Merci au karaté et à tous ceux qui m’ont soutenu de près ou de loin.

« Ne jamais baisser les bras, aller au bout de soi-même, le handicap ne me fait pas de cadeaux, je ne lui en ferai pas non plus. »

Gilles Kolfenter.

                                                                     


 
 

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